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Analyse des MOAH dans les herbes et épices : pourquoi est-ce si complexe ?
L’analyse des hydrocarbures d’huile minérale (MOH), et en particulier des hydrocarbures aromatiques d’huile minérale (MOAH), est largement reconnue comme l’un des défis les plus complexes en analyse alimentaire. Cela est particulièrement vrai pour les herbes et les épices.
Pourquoi les herbes et épices sont si complexes
Les herbes et les épices constituent, par nature, des matrices analytiquement complexes. Une raison essentielle réside dans leur composition intrinsèque.
Comme tous les matériaux d’origine végétale, elles contiennent naturellement une grande variété d’hydrocarbures dits biogènes. Ces composés proviennent principalement des couches de cire naturelles qui protègent les feuilles, les graines et d’autres surfaces végétales contre la déshydratation et le stress environnemental.
Ces composés naturels :
- sont intrinsèques à la matrice végétale
- présentent des structures chimiques très similaires aux MOSH et MOAH
- peuvent coéluér lors de l’analyse LC-GC-FID
Par conséquent, distinguer les hydrocarbures naturellement présents d’une éventuelle contamination est délicat et nécessite une analyse approfondie, en particulier à de faibles niveaux de concentration.
(Vous souhaitez en savoir plus sur les MOH et leur contexte ? Consultez notre article ici.)
Faibles limites, complexité élevée
Les attentes réglementaires concernant les MOAH ont été largement façonnées par le document d’orientation du JRC, qui définit des limites de quantification (LOQ) atteignables pour différentes catégories alimentaires.
Sur cette base, les États membres de l’UE ont adopté une position commune avec trois catégories indicatives :
- 0,5 mg/kg pour les denrées sèches à faible teneur en matières grasses/huiles (≤ 4 %)
- 1 mg/kg pour les denrées à teneur plus élevée en matières grasses/huiles (> 4 %)
- 2 mg/kg pour les graisses/huiles
Les herbes et les épices, compte tenu de leur composition, appartiennent à la catégorie à faible teneur en matières grasses (< 4 %), correspondant à la limite indicative la plus basse. En pratique, de nombreux États membres appliquent déjà ces niveaux.
C’est ici que la complexité apparaît. La combinaison d’une matrice naturellement complexe — riche en hydrocarbures interférents — et de niveaux cibles très faibles rend l’analyse des MOAH dans les herbes et les épices particulièrement exigeante. Non seulement du point de vue analytique, mais aussi en termes d’interprétation des données et de prise de décision.
Une réalité reflétée dans la législation européenne
Ce défi est également reconnu au niveau européen.
Dans le projet de proposition visant à inclure des limites pour les MOAH dans le règlement (UE) 2023/915, la Commission européenne introduit une catégorie spécifique pour les herbes et les épices avec une limite proposée de 5 mg/kg.
Cette limite est nettement plus élevée que les niveaux actuellement appliqués en pratique sur la base de l’approche issue du JRC.
Elle peut être interprétée comme une reconnaissance de la complexité analytique de ces matrices et de la nécessité de garantir des limites à la fois robustes et applicables en pratique.
Trouver l’équilibre entre limites et réalité
Les herbes et les épices illustrent un équilibre délicat dans l’analyse des MOAH.
D’une part, des limites faibles restent essentielles du point de vue de la sécurité alimentaire. D’autre part, la complexité des matrices rend leur interprétation difficile en pratique.
Concilier ces deux aspects — des seuils protecteurs et la réalité analytique — est essentiel pour garantir des résultats pertinents et soutenir une prise de décision éclairée tout au long de la chaîne alimentaire.